Thursday, June 11, 2020

Le Secret de Chantilly - Antonin Carême et Grimod de la Reynière



Alexandre Balthasar Grimod de la Reynière, cet aristocrate mal aimé de ses parents qui au temps de Napoléon, devint le premier critique gastronomique. Il publia des almanachs allant jusqu'à influencer la consommation des bourgeois dans tout l'Empire ainsi que celle des touristes Anglais.

Dans mon livre, Le Secret de Chantilly, il en fait voir bien des couleurs au jeune chef pâtissier, Antonin Carême. Informée par mes recherches, j'ai construit la psychologie de ce critique gourmand souffrant d'une difformité jugée impardonnable aux mains, et qui pour Carême, était bien l'ogre formidable dans son conte de fées imaginé. Même aujourd'hui, il faut le dire, les critiques sont souvent la terreur des artistes. 

Je travaille toujours sur la traduction de mon livre en Français, mais je voulais partager ce court extrait qui m'a beaucoup divertie car en l'écrivant, j'ai puisé dans mes expériences. Dans ma vie, je n'ai pas toujours su me défendre et parer la méchanceté quand elle était dirigée vers moi. Même si mon personnage préféré dans Le Secret de Chantilly reste toujours celui de Talleyrand, c'est le comportement de Carême qui reste pour moi plus familier.  

Alors allons-y,  à l'époque, la rue de la Paix s'appelait rue Napoléon...


Rue Napoléon

 


 C'était Grimod de la Reynière.

   « Monsieur Carême, lança-t-il en sortant ce cahier qu'il trainait partout sur lui. Je dois vous féliciter pour vos croquants aux amandes. Ils sont exquis. Croustillant à perfection. On ne trouverait pas dans tout Paris de confiseries plus délicieuses.

  — Vous devriez essayer le Croquembouche à la Chantilly, monsieur de la Reynière », j’entonnai, surpris par son manque d'esprit acerbe à cette occasion.

Comme j’étais dupe.

   « J'ai bien peur d’être un fervent admirateur des pâtisseries de Rouget, et je n'ai en revanche pas pris grand goût à la votre qui me semble, comment dire... plutôt lourde.

   — Lourde ? Ma pâte feuilletée ?   Je restai sans voix. « Allons, allons. La vexation est indigne de tout pâtissier. Mais que vois-je ici ? » Il regarda avec étonnement les meringues que j'avais façonnées. C'étaient d'élégantes formes pastel disposées en pyramide sur mon comptoir de marbre – en vert, en rose, et même des meringues violettes. Elles étaient magnifiques près de ma collection de petits fours.

  Je le vis inspecter les contours de chaque meringue et je m’en félicitais. Pour la première fois, je dévoilais ma dernière invention. Je ne m’encombrais plus de cet usage limité qu’était la cuillère pour former mes meringues. Celle-ci engendrait souvent des biscuits rocheux, et sans raffinement. Je les canalisais à présent. C'était révolutionnaire. Les panneaux de glace reflétaient l'ensemble de mon affichage, produisant un spectacle de lumières et de couleurs. De la Reynière prit des notes dans son journal. Je souris. J'avais alors oublié ses remarques précédentes sur ma pâte feuilletée.

  Je m’aventurai, soucieux de voir ma belle pâtisserie répertoriée dans sa liste d'établissements recommandés.

   « Vous préparez une entrée pour votre prochain almanach ? je m’entendis dire.



    — Il se peut, monsieur Carême. C’est fort possible. Je compile mon deuxième almanach que je publierai sous peu. Pourriez-vous me livrer une dizaine de ces meringues pour une prochaine session du Jury Dégustateur ? Mardi prochain ou peut-être le mardi suivant. Vous devrez effectuer la livraison avant quatre heures de l'après-midi au 8 avenue des Champs-Élysées. Je verrai ce que mes invités en pensent. »





   Il avait prononcé tout cela avec une arrogante attente. Il savait très bien que je ne pouvais pas refuser, car je serais tout de suite qualifié de désagréable, et exclu de toute mention dans son almanach. Et tout cela si ma boutique n'était pas d’abord salie à jamais par ses critiques meurtrières.

   « Certainement, monsieur De la Reynière. Et aimeriez-vous que je vous livre un assortiment de petits-fours ? » J'avais perfectionné ma crème aux violettes et pensais que lui et son jury l'apprécieraient.

  « Je ne peux pas dire que je m’enthousiasme pour votre pâtisserie, Carême », répéta-t-il en examinant la boutique et prenant note du décor.

   À ce moment, je sentis mon ressentiment bouillonner. Je me retrouvais piégé par un homme qui pouvait facilement ruiner ma réputation avec ses écrits. Mais je me contenais, luttant pour ne rien révéler de mes sentiments.

   Mais De la Reynière n’avait pas fini. Soudain, après un long contrôle de la boutique, il se tourna vers moi avec un regard suspect et, quelque peu perplexe, il porta le coup final.

   « Dites-moi, monsieur Carême, comment un garçon comme vous, venu de rien, arrive-t-il subitement sur la rue Napoléon ? Je trouve ça plutôt étrange.

   — Comment étrange ? Monsieur de la Reynière, je travaille la pâtisserie depuis cinq ans. J'ai travaillé six ans avant cela…

   — Oui, on me l’apprit. Dans une gargote.

  — M. Boucher de chez M. de Talleyrand ne m'aurait pas employé s'il ne m’en jugeait pas digne, rétorquai-je, sentant le sang rougir mes joues.

   — On voudrait le croire ! »

   Il semblait se moquer de moi à chaque mot.

  « N’allons pas prétendre, monsieur Carême, que monsieur de Talleyrand n'a rien à voir avec l'investissement dans votre boutique. Vous êtes tout simplement un jeune homme très chanceux. »

   Il me dévisagea avec une insolence insupportable.

  « Pourtant, je me demande ce qu'un homme de votre milieu pourrait jamais apporter à une gastronomie vieille de plusieurs centaines d'années et qui existe depuis des siècles dans des cercles beaucoup plus élevés. Comprenez-vous le sens de mes paroles ? Ce n'est pas dans une gargote que se fait la gastronomie.

  — C'est vrai, mais… j'ai étudié avec de grands pâtissiers, monsieur. J'ai appris plein… » Ma voix traîna. J'eus l'impression d'étouffer et aucun mot ne vint. Peut-être que De la Reynière avait raison.

   Il vit alors que je vacillais et que je n'étais pas fait pour ça. Cette fine repartie d'esprit en plein débat houleux – c'était son domaine. Il semblait gagner en confiance à chaque signe de doute qu'il voyait gravé sur mon visage.

  « Vous savez, monsieur Carême, je me demande encore pourquoi Talleyrand vous aiderait pour financer cette pâtisserie. C'est assez déroutant. Un homme comme Talleyrand est à peine connu pour son altruisme. On pourrait penser que vous étiez le talent que tout Paris dit que vous êtes ! Mais franchement, je ne le vois pas. »




Wednesday, May 20, 2020

Le Secret de Chantilly - Antonin Carême rencontre Boucher



Depuis plusieurs jours, je travaille sur la traduction de mon roman, Le Secret de Chantilly. Mi-conte, mi-roman historique, ce livre se base sur la vie du célèbre chef, Antonin Carême et sa relation avec l'énigmatique Talleyrand.

C'est merveilleux pour moi de voir cette histoire - qui d'ailleurs est bien Française, même si elle a été originalement conçue en anglais - prendre une toute nouvelle forme. Petit à petit, je découvre mes personnages pour la première fois, comme si le fait de leur rendre leur langue maternelle leur redonnait vie.

L'un de mes personnages préférés, c'est Boucher, le maitre d'hôtel de Talleyrand. Dans ce passage, qui est l'un de mes préférés, Antonin qui a seize ans rencontre Boucher pour la première fois.

Note: Pour l'instant la ponctuation suit les règles de dialogue anglais.

Un après-midi, alors que je me dirigeais chez M. Rose, Avice vint me trouver en disant :
  « Antonin, l’un de nos clients les plus estimés voudrait te voir. Il est dehors, près de la diligence. Tu dois aller lui parler tout de suite.
  — Maintenant ?
 — Oui, oui, dit Avice. Ne lui fais pas attendre. Il représente notre client le plus important. »
  Je me précipitai hors de Bailly, encore revêtu de mon tablier. Je vis un homme dans la quarantaine avec un visage rond et doux et une perruque poudrée. Je le reconnus pour l’avoir aperçu à plusieurs reprises auparavant, commandant des gâteaux pour des banquets ministériels. 
  C'était la première fois que j’avais l’occasion d’examiner ses vêtements de près. Sa chemise de lin était d’un tissage exquis, et une cravate blanche épousait son cou avec élégance. Avice n'avait pas menti; l'homme portait des chaussures à boucles et une longue veste mauve satinée. Il sentait la lavande et avait un air soigné comme je n'en avais jamais vu, même parmi les bourgeois qui accourraient régulièrement chez Bailly.
   « Monsieur Carême, me dit-il en s'approchant. Vous êtes bien le jeune homme qui livre des pâtisseries au Palais Royal ?
  — Oui. Oui, c'est moi. » J'essuyai mes mains sur mon tablier, l'air un peu déplacé. Je n'avais pas la moindre idée qui était cet homme ou ce qu’il voulait. Il semblait revenir d'une autre époque. Les gens portaient-ils encore ces culottes et ces bas de soie ?
  « Monsieur Avice me dit que vous vous dirigez vers vos cours de pâtisserie.
  — Oui monsieur, c'est sur rue Grange-Batelière.
  — Je marcherai avec vous », répondit l'étranger d’une voix aimable.
  Ses paroles s’écoulaient agréablement comme s'il fréquentait des nobles ou en était lui-même un des leurs.  Mille questions me traversaient la tête en remontant la rue Vivienne.
  « J'aime votre travail, monsieur Carême. Il me semble prometteur.
  — Merci monsieur ... monsieur ... »
  Il avait fait preuve d'un tel effacement, malgré son rang, qu'il ne s'était même pas encore présenté.
  « Boucheseiche, répondit-il. Vos pâtisseries – elles sont beaucoup plus légères que dans de nombreux établissements parisiens. Je l'ai tout de suite remarqué. Je dirais que ce sont parmi les meilleurs auxquelles j’ai goûté. Certaines améliorations pourraient être adoptées, certes, mais pour la plupart, je suis très impressionné. Est-ce que vous savez qui je suis ?
  — Non, monsieur Boucheseiche.
  — Il fut un temps où je dirigeais les cuisines de Louis Joseph de Bourbon, prince de Condé. Oh, c'était il y a des années, bien avant les événements du 14 juillet. Beaucoup de choses ont changé depuis. Le prince ne réside plus dans son château à Chantilly. Il est à présent en Angleterre. Mais pour avoir servi la maison Condé, je suis en quelque sorte le successeur de Vatel. »
  Il avait parlé doucement et sans emphase, mais je restais stupéfait par ses paroles, et mon enthousiasme eut raison de moi.
  « François Vatel ! J'ai lu beaucoup de choses au sujet de ce maître d'hôtel ! Il a servi Nicolas Foucquet ! C’était un grand chef qui inventa la crème Chantilly. »
  Le regard de M. Boucheseiche tomba sur moi. Il semblait m’évaluer et prit un air grave pour un instant. Je retrouvai aussitôt mon calme :
  « Je veux dire heu... c'est tellement... intéressant, monsieur Boucheseiche.
 — Appelez-moi Boucher. Monsieur Carême, vous vous trompez. Vatel n'a jamais inventé la crème Chantilly.
  — Ah bon ? » Je me sentis rougir.
  « Mais non. Pas du tout. »
 Boucheseiche sourit à son tour. Un silence incommode suivit alors qu'il m'examinait. À quoi pensait-il ? Je devais avoir l'air d'un idiot.
  Il sortit de sa longue réflexion. Ses yeux bleus se posèrent tendrement sur moi :
  « Un jour, murmura-t-il, je vous révèlerais peut-être le secret de Chantilly. »
 Et avant que je puisse me remettre de cette étrange remarque, Boucheseiche prononça ces mots magiques :
  « Seriez-vous intéressé à travailler pour moi, monsieur Carême ? Je supervise des banquets pour une personne d’une haute importance. Le monde que je vous propose de rejoindre est plus grand que tout ce que vous connaissez. Mais… qu’y a-t-il ? Vous ne vous sentez pas bien ? »
 Je m’étais arrêté de marcher. Je ne pouvais plus respirer. Je regardais Boucheseiche comme s'il était une vision de rêve.
  « Pardonnez-moi, monsieur Boucheseiche.
  — Boucher, rappela-t-il.
 — Pardonnez-moi, monsieur Boucher. C’est que… je sens que cela ne peut pas m’arriver à moi. C'est presque… presque comme dans les contes de fées. »
  Il me contempla en silence avant de dire : 
  « N'est-ce pas ? » Il reprit de plus belle, « La révolution, monsieur Carême ! Nous vivons à une époque qui évolue si vite. Vous étiez garçon de courses il y a quelques années… Et maintenant ! Maintenant, vous êtes sur rue Vivienne, et on vous mande de venir travailler avec Boucheseiche venu droit de la grande Maison Condé. Oui, vous avez bien raison. C'est semblable un conte de fées. »
  Son visage prit alors un aspect mélancolique. 
 « Et pourtant, souvent, ajouta-t-il sa voix teintée de regret, même les plus beaux contes de fées connaissent une fin tragique. Monsieur Carême, j'étais autrefois à l’emploi d’une princesse qui possédait tout, tout ce que son cœur désirait, et ce qui lui arriva, je prie le ciel, ne frappera jamais même les plus vilains laquais. »
  Il se redressa avec autre sourire généreux. 
  « C'est peut-être un peu trop pour vous aujourd'hui. Je vous laisse réfléchir à mon offre. Je reviendrai un autre jour pour vous parler d'éventuelles conditions d'emploi. Il y a beaucoup à faire et cela va prendre du temps. Nous ne nous presserons pas. Après tout, l'homme que j’ai l’honneur de servir aime bien prendre son temps. Au revoir, monsieur Carême. »
  Toujours le soufflé coupé, je regardai le mystérieux Boucher rejoindre sa calèche, alors qu’il me laissait dans tous mes états devant le seuil de chez M. Rose. Mon cœur n'avait jamais battu aussi vite. Je transpirais d’émotion, et pour le reste de l’après-midi, tous mes efforts pour me concentrer sur les leçons de massepain de M. Rose furent en vain.
 J’appris le nom de la princesse à laquelle Boucher avait fait allusion. La malheureuse princesse de Lamballe avait été mutilée par une foule violente pendant l'une des périodes les plus sombres de la révolution. Elle qui avait été mariée à l'homme le plus riche de France, du jour au lendemain, sa fortune avait basculé.
  C'était ce que Boucher avait essayé de dire. Que la révolution avait tout changé. Tous les tournants du destin étaient possibles.
  Pourtant, je n’arrivais toujours pas à comprendre. Comment un garçon de cuisine sorti d’une gargote, près de la barrière du Maine pourrait-il travailler avec un homme comme Boucher qui avait jadis connu une princesse ? Comment pourrait-il être instruit par ce maître d'hôtel qui avait autrefois servi la maison Condé ?
  L’arrivée subite de Boucheseiche dans ma vie était comme un rêve devenu réalité. Il apparut devant chez Bailly quand je m'y attendais le moins. Sa première visite fut brève, mais elle me bouleversa pendant des mois. Après avoir livré son message, il disparut aussi soudainement.
 Je ne le reverrais que l'année suivante quand il me conseilla de changer de boutique et de travailler avec Gendron. De cette façon, expliqua-t-il, je détiendrai plus de temps libre et je deviendrai pâtissier libéral.
 Un pâtissier libéral ! Moi ? Les idées tourbillonnaient dans ma tête à la perspective de cette nouvelle profession.
 De nombreux contes de fées ont une marraine dotée de pouvoirs magiques. Cendrillon en avait une. La Belle au Bois Dormant en avait plusieurs. Ces personnes apparaissent quand on s’y attend le moins, agitant leur baguette pour faire des tours de magie. Elles allègent les douleurs et offrent un nouveau lendemain. Elles créent quelque chose à partir d’un rien et vous laissent avec un sentiment d'incrédulité. 
Comment cela pouvait-il m'arriver ? L’avais-je mérité ?
  Après un peu plus d'un an chez Monsieur Bailly, Boucheseiche était devenu mon parrain. Mon conte serait aussi merveilleux que n'importe quel autre. 

Tuesday, February 11, 2020

The Silence of the Pirogue


No self-respecting author born in Senegal and with a blog called, Teranga and Sun, should omit to pen a novel set in their birth place. I am pleased to have begun a historical crime novel partly set in 1970s and 80s Dakar.

Western Africa is a such a world apart from the last thirty-four years of my life in Australia. Yet now that I am currently living in France, so close to the place of my birth, the memories of Senegal have flooded back.

A wonder it is, don't you think, that just as I commence a new life in Brittany in the home of my French ancestors, I find myself drawing from an older life in order to create.


No surprises, given you have read this post's title. My new novel is called The Silence of the Pirogue. A pirogue, in case you are not familiar, is a slender traditional Senegalese fishing boat. It is beautiful and very common along the Atlantic shores. And that's all I'll say!

I have two other novels in progress, though one is purely at embryonic pen-free stage and its title has not been announced... Hint: it is partly set in a beautiful island and it takes place in 17th century France. D'Artagnan might just make an appearance.

In the meantime, I am eagerly applying the last beta-feedback edits to The Secret of Chantilly. I have made a decision to query agents and publishers and hope to find a home for it. Wish me luck. I do tend to keep my affairs secret but it is no secret that I aim to get rejected many times this year.

2020 is off to a good start. After ten years of erring, and wondering-where-to-grow-roots, it is wonderful to not be renting a home anymore. I feel as though the last six years more so have been incredibly intense. I lived a double life. By this I don't only mean that I was split between my corporate job and my writing job, but I also led the other double life; the one where I had a current Australian home and a potential French home, and everything I did and planned was aimed at leaving one and reaching the other. Who else plans, ever secretly, and for that long? Talleyrand perhaps. :)

Writers need their own quiet place, unburdened by the yoke of the landlord who so often corrupts any good intention one has to write from the heart. And I think artists need their space even more, so they may fill it with pretty things and remain inspired. This year, 2020, is the year I am no longer in transit; I have a place to call my own. I can fill it with books, art and paint the walls any color I wish. What a joy.











Thursday, August 22, 2019

Understanding Talleyrand

Talleyrand Portrait


This August I lost myself in Volume I of Talleyrand's Memoirs. One passage stood out and moved me to tears.

Whether are not you are familiar with the 19th century French statesman does not matter; this passage is worth knowing. It is a rare moment into the heart of the enigmatic Talleyrand who for years has baffled so many historians.

It took place in 1807. By then, as Napoleon's foreign minister, he had long been titled Prince of Benevento and gifted with the principality of Benevento, in southern Italy. He knew how to flatter and reason with the French emperor but there were limits to his influence of which the statesman was well aware.

In that year, Prussia had just been defeated by Napoleon's army. The Prince of Benevento attended deliberations at Tilsitt; these would decide the fate and treatment of fallen Prussia.

It so happens that there is another character in this story. It is Queen Louise of Prussia - that is, Louise of Mecklenburg-Strelitz.

Louise of Prussia

Queen Louise of Prussia deserves another post to herself. She was to die of a mysterious lung illness three years later, at the age of only 34. Centuries later, at the time of the Nazis, she would be revered as the epitome of all qualities that German women should aspire to. But it is 1807 and in this story, she is thirty-one years old and she is in a quandary.

Napoleon, famed for his misogyny wasted no time in alluding to the Queen of Prussia's infidelities - a gross slander given the Prussian King and Queen were very happy in their marriage. Meanwhile, Prussia faced potentially harsh economic sanctions after the war; it was up to the King to plead in favor of his country. But seeing that Louise was several months pregnant, he suggested that his wife should instead plead in favor of her people, in the hope that Napoleon, touched by this charming figure of maternity - one of the most beautiful women of the period - would soften somewhat and prove more conciliatory.

Louise hesitated. Why would she wish to appear before this emperor who had insulted her and placed public doubt on her virtue? She hoped that her husband was right. Perhaps if Napoleon saw first hand how kindly and honorable she truly was, he would retract his poor judgement of her character.

Recalling the events at Tilsitt, Talleyrand writes, "I was indignant of everything I saw and everything I heard but I was obliged to hide my indignation."

When she settled into her apartments at Tilsitt, Napoleon paid the Queen a visit. After flattering her beauty while she tried to pass on to other subjects, Napoleon turned to the King and said "How could you dare begin a war with me, I who had already conquered so many powerful nations?" The defeated King made no answer but looked upon Napoleon severely. It was Louise who replied on behalf of her husband. "Sire, it was permitted to the glory of Great Frederick II, to deceive us as to the extent of our powers; we were deceived; but it was so ordained."

Queen Louise of Prussia 
by Vigée Le Brun, 1801

Talleyrand writes that Louise's usage of the word 'glory' was, in his mind, fortunately placed. He found it superb. Evidently the word was not used to the glory of Napoleon, but rather to another Prussian king from a past century. Talleyrand, never shy of using wit to taunt Napoleon, reveals that he later repeated the Queen's phrase often times, until the piqued Napoleon told him one day, "I ignore what you find so pleasing about the Queen of Prussia's words; you would do well to speak of other things." Typical.

But returning to 1807.  All the efforts that Louise made to obtain concessions for her country were in vain. Napoleon remained inflexible. Losing half of her territory, Prussia was to enter many years of suffering, famine, and the state of things grew so severe that everywhere, women abandoned their children.

But it is Talleyrand's next revelation that moved me.
"I was indignant of everything I saw and everything I heard but I was obliged to hide my indignation. And so all my life, I will remain grateful that the Queen of Prussia, queen of another time, was willing to perceive this."
Willing to perceive - the phrase Talleyrand chooses is so important. One can readily perceive, that is one thing. But to permit oneself to perceive is, in Talleyrand's eyes, to take a step further. If one permits oneself to see, one is willing to go against one's convictions and to combat one's prejudices (in this case, prejudices against Napoleon's foreign minister; against the vanquishing French; against the enemy etc...) For Talleyrand, to be granted this understanding was a precious thing and he felt grateful for it.

He narrates the event at Tilsitt and the sentiments they evoked, in these terms,
"If upon reflecting on my life, many passages are tedious, I recall however with great sweetness the things she had the kindness to tell me, and those she almost confided in me, "Prince of Benevento," she said, the last time I had the honor of escorting her to her carriage, "there are only two people who regret that I came here: it is me and you. You are not upset, are you, that I shall take this opinion back with me?" The tears of tenderness and pride that I had in my eyes were my only response."
Louise had been unsuccessful in her quest and she knew that Napoleon would not help her country. She also still felt the emperor's insults. With those words, she admitted to Talleyrand, the French foreign minister, that she regretted having come to Tilsitt, and she confided also that she could see right through him: that he did not like what he had witnessed, and that he was filled with sorrow for her, and also wished she had not come at all.

When I read this passage, I was astounded by Talleyrand's sensitivity to having been understood. It seemed to him that this understanding, arising from another, especially in this extreme post-war moment, was a rare event, one he deemed important enough to feel grateful for.

But he felt much more than grateful. He was moved by Louise. I absolutely had to write about it and give it the attention it deserved because little or no emotion has ever been reported as having come from Talleyrand.

When trying to understand a person it is often insightful to know what it is that moves them, or brings tears to their eyes. I noted that during the entirety of Volume I, Talleyrand remains mostly unemotional. He is overwhelmingly cerebral. He displays warmth during only two instances: when he relates his relationship with the unfortunate Spanish princes sequestered at his chateau of Valençay, and when he narrates his encounter with Queen Louise of Prussia. The latter is the only time he mentions tears.

For Talleyrand, a man of mystery, a man so reserved and elusive that he would often be maligned, nothing would seem so precious than to be perceived kindly despite all appearances. For he was proud, that is certain.



Friday, August 16, 2019

Review: Silent Water by P.K. Adams



Set in the depths of winter, during the Polish Golden Age at the time of the Jagiellonian dynasty, Silent Water is a deeply satisfying and engrossing historical mystery.

Often stellar plots are those that are simple, but richly executed, with penetrating human insights and unforgettable sets. Silent Water falls in this category. The narration is in first person with a tone that often borders on the melancholic, hinting to the tragedies that will soon be revealed.

Newly arrived in Poland, Contessa Caterina Sanseverino is part of Queen Bona Sforza's entourage.  Bringing with her the fashions and social mores of her native Italy, Queen Bona has married King Zygmont I, ruler of Poland and Lithuania.

Wawel Royal Palace, Kraków

Through Caterina's eyes and voice, we are transported to 16th century Kraków in the Wawel Royal Castle.  As Lady of the Queen's Chamber, to her falls the overwhelming responsibility of safeguarding the honour and righteousness of the other ladies of the court - ladies of both Italian and Polish origin. Not an easy task when Lucrezia Alifio is an inveterate flirt, Magdalena Górka is no better, and who knows what the flamed-head Helena Lipińska is up to.

Through Caterina, we learn of the fascinating political climate of the period, and meet wonderfully described characters including the womanising diplomat, Jan Dantyszek. The intrigues at court make for great entertainment and the author has deftly incorporated her knowledge of the culture into the narrative.  One highlight for me was the grand sleigh rides or sanna, on the day before New Year's Eve.

Sanna by Wasilewski Czesław

But over the course of feasting and the traditional celebrations that unravel during Christmas, New Year and the Epiphany, one by one, a series of grizzly murders will rock the royal palace.  Suspicions fly, political conspiracies are on the rise, gossip is ever rampant, a suspect is arrested, and more and more, Caterina is convinced that the imprisoned suspect is innocent. She has her own ideas.

A natural sleuth, Caterina finds herself the primary detective in this series of murders that soon reaches its chilling climax with a suspenseful, Gothic sequence.  For many readers who may guess the 'who' along the way, the conclusion offers satisfaction around the 'how' and the 'why', while posing new and haunting moral questions. 

The female gaze dominates this novel. It is a gaze imbued with the morality and social concerns of the period. Caterina is an observant woman who misses nothing of her charges' flirtations and social games. At least, she believes she has missed nothing. And that is her tragedy.

The author vividly paints the Kraków courtiers together with their costumes and clubs; there is mention of Italian artists invited by the Queen,  Polish writers and academics, including the now famous physicist, Nicolaus Copernicus. It was fascinating to learn just how much influence Italian art and architecture had on Poland at the time of Bona Sforza.

Bona Sforza

The book's portrait of a determined queen was faithful to history. I enjoyed learning about her proposed agricultural reforms and was astounded by her willpower in taking on the remnant Teutonic Order.

The Jagiellonian dynasty is not as well known as the English Tudors or the French Bourbons. Its first ruler, Władysław II Jagiełło - Duke of Lithuania and King of Poland by marriage - defeated the German Teutonic Knights in the 1410 Battle of Grunwald. It is a pity that there are not many authors with the courage to create stories in this unexplored landscape. We are thankful to P.K. Adams.

Battle of Grunwald by Jan Matejko  (1878)

What is worth noting is that Poland is not just underrepresented in historical fiction; its recent economic growth (it is now the 7th largest economy in the EU) has gone unreported despite it being touted by the World Bank as a new "Golden Age".  Personally upon reading Silent Water, I was eager to visit Poland if only to step back in time to that first Golden Age.

I will be looking forward to that, and to the other two books in this series.